Scènes & festivals

Sonoriser une petite salle : la chaîne du son et les règles sur les sons amplifiés

Scènes & festivals · · Publié le 2026-10-27

Gros plan sur une petite table de mixage analogique avec ses rangées de boutons colorés et ses curseurs
Une table de mixage analogique de seize voies. Photo Rodrigo César, domaine public, via Wikimedia Commons.

Dans un concert de chanson, le son doit servir une chose avant tout : que l'on comprenne les mots. C'est plus difficile qu'il n'y paraît dans un bar à la réverbération capricieuse, avec un accordéon, une contrebasse et une voix qui ne se laisse pas toujours entendre. Ce guide présente la chaîne du son d'un petit concert, les erreurs les plus courantes et les règles qui encadrent depuis 2017 les niveaux sonores dans les lieux ouverts au public.

La chaîne du son, maillon par maillon

Les sources
La voix et les instruments, captés par des microphones (dynamiques, robustes, ou statiques, plus sensibles) ou branchés en direct (guitare électro-acoustique, clavier) via un boîtier de direct qui adapte le signal.
La table de mixage
Elle reçoit toutes les sources, règle leur niveau, leur couleur (égalisation) et les effets, puis envoie le mélange vers la salle et vers les retours.
Le système de façade
Les enceintes tournées vers le public. Dans une petite salle, deux enceintes actives sur pied suffisent souvent, parfois avec un caisson de basses.
Les retours
Les enceintes tournées vers les musiciens (ou des écouteurs intra-auriculaires), qui leur permettent de s'entendre. Un mauvais retour fait chanter faux et jouer trop fort.

La règle d'or : moins, mais mieux

La tentation, quand la salle est bruyante, est de monter le volume. C'est rarement la solution. Dans une petite salle, une partie du son des instruments acoustiques et des amplificateurs arrive directement au public, sans passer par la sonorisation. Si l'on monte tout, on obtient un brouhaha où la voix se noie. Quelques principes aident :

La balance

La balance est le moment où l'on règle le son avant l'arrivée du public. Elle suit un ordre : chaque source est testée séparément, puis l'ensemble joue un morceau représentatif, et l'on règle les retours. Elle doit rester raisonnable en durée et en volume, notamment dans les lieux proches d'habitations. Prévoyez une liste de branchements (ce qu'on appelle un patch) et une fiche technique à jour : elles font gagner un temps précieux, surtout quand un technicien de la salle s'occupe du son, comme c'est le cas en festival (voir notre article sur le Printemps de Bourges). Ces documents font partie des éléments à envoyer en démarchant un lieu, comme nous l'expliquons dans notre guide pour jouer dans les petites salles.

Un bon son de chanson, c'est un son où l'on comprend chaque mot depuis le fond de la salle.

Ce que dit la réglementation depuis 2017

Le décret n° 2017-1244 du 7 août 2017, relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés, encadre les lieux ouverts au public ou recevant du public qui diffusent des sons amplifiés à titre habituel : salles de concert, bars musicaux, discothèques, festivals. Ses dispositions figurent dans le Code de la santé publique (articles R1336-1 et suivants) et dans le Code de l'environnement (articles R571-25 et suivants).

Les principales obligations, telles que les présentent les agences régionales de santé, sont les suivantes :

Ces obligations pèsent d'abord sur l'exploitant du lieu ou l'organisateur, mais elles concernent directement les musiciens : un groupe qui joue trop fort met le lieu en difficulté. Dans la pratique, un concert de chanson acoustique ou légèrement amplifié reste généralement loin de ces plafonds, à condition de ne pas pousser les amplificateurs.

Le voisinage

Au-delà du public, la réglementation protège les riverains. Les lieux diffusant des sons amplifiés doivent respecter des valeurs d'émergence, c'est-à-dire limiter la différence entre le bruit ambiant avec et sans la musique, chez les voisins. Pour un lieu fermé, l'ARS d'Île-de-France indique une émergence maximale de 3 dB(A). C'est pourquoi tant de bars-concerts imposent des horaires de fin, des limiteurs de son, ou refusent les batteries. Les mêmes logiques s'appliquent, à l'échelle d'un appartement, aux musiciens qui répètent chez eux : nous les détaillons dans notre guide pour se loger et répéter sans gêner les voisins.

Protéger ses propres oreilles

Les musiciens sont les premiers exposés : ils passent des heures près des amplificateurs et des retours, en répétition comme en concert. La perte d'audition liée au bruit est progressive et irréversible, et les acouphènes peuvent apparaître après une seule exposition très forte. Des bouchons d'oreille adaptés à la musique, qui atténuent le son sans trop le déformer, et des retours raisonnables sont les meilleurs alliés d'une longue carrière. Les audioprothésistes et les médecins du travail peuvent conseiller des protections moulées sur mesure.

Le matériel minimal d'un duo de chanson

  1. Deux micros dynamiques pour les voix, avec pieds et câbles de rechange.
  2. Un boîtier de direct pour chaque instrument électro-acoustique.
  3. Une petite table de mixage avec au moins un départ de retour.
  4. Deux enceintes actives adaptées à la taille des lieux visés, et un retour.
  5. Des multiprises, rallonges et adhésif pour sécuriser les câbles au sol.
  6. Des bouchons d'oreille pour les musiciens.

Sources