Jouer dans les petites salles : bars-concerts, cabarets et scènes ouvertes, mode d'emploi

Avant les théâtres et les festivals, il y a les bars-concerts, les cafés-cultures, les caves, les péniches, les salles associatives. Pour un musicien ou un groupe de chanson, ces petites scènes sont la vraie école du métier : on y apprend à tenir une salle qui parle, à construire un tour de chant, à s'installer en vingt minutes. Elles obéissent aussi à des règles précises sur l'emploi des artistes et l'organisation des spectacles. Voici ce qu'il faut savoir pour y jouer dans de bonnes conditions.
Commencer par les scènes ouvertes
La première scène est souvent une scène ouverte : une soirée où plusieurs artistes jouent chacun deux ou trois chansons. On y teste son répertoire, on y rencontre d'autres musiciens et parfois des programmateurs. Ce n'est pas un concert rémunéré, et il faut le savoir : la scène ouverte est un lieu d'essai, pas un engagement. Notre tour d'horizon des lieux où l'on écoute de la chanson en concert aide à repérer ces soirées près de chez soi. Une fois le répertoire rodé, l'étape suivante est de proposer un vrai concert au lieu, ou à d'autres lieux du même type.
Démarcher un lieu
Les programmateurs de petites salles reçoivent beaucoup de demandes. Une proposition efficace est courte et concrète :
- Un message personnalisé qui montre que vous connaissez le lieu et sa programmation.
- Deux ou trois liens vers des enregistrements de bonne qualité, idéalement une vidéo en concert.
- Une fiche technique simple : nombre de musiciens, instruments, besoins en sonorisation, durée du set.
- Vos disponibilités et vos conditions, formulées clairement.
Relancez une fois, poliment, puis passez à autre chose. Le meilleur argument reste souvent un concert réussi dans un lieu voisin : les programmateurs se parlent.
Comment l'artiste est payé : les trois cas
En France, un artiste du spectacle engagé pour se produire est présumé salarié : le Code du travail (article L7121-3) établit une présomption de contrat de travail pour les artistes rémunérés par un organisateur. Ce principe structure toute l'économie des concerts. Trois situations se rencontrent dans les petites salles.
Le contrat de cession
Le groupe dispose d'une structure (une association, une société, ou un producteur) qui emploie et déclare les musiciens. Cette structure « vend » le concert au lieu par un contrat de cession du droit d'exploitation du spectacle, contre un prix. Le lieu paie une facture ; la structure du groupe verse les salaires et les cotisations. C'est la formule la plus courante dès que le groupe est un peu organisé. Nous détaillons la création d'une telle structure dans notre article sur la façon de monter un groupe de chanson.
L'engagement direct par le lieu
Le lieu emploie lui-même les musiciens et les rémunère comme salariés. S'il s'agit d'un organisateur dont le spectacle n'est pas l'activité principale (un café, un restaurant, une association non culturelle, une collectivité), il peut passer par le Guso, le guichet unique du spectacle occasionnel, qui permet de déclarer l'artiste et de payer les cotisations en une seule démarche.
Le partage de recettes
Dans un contrat de coréalisation, le lieu et la structure du groupe se partagent les recettes de billetterie selon une répartition convenue. Cela suppose, là encore, que les musiciens soient salariés par la structure du groupe. Le « chapeau » ou la seule consommation offerte ne constituent pas, juridiquement, une rémunération en règle.
Jouer au chapeau sans contrat est courant ; ce n'est pas pour autant un cadre légal pour être payé.
La licence d'entrepreneur de spectacles
Organiser des spectacles à titre régulier suppose une licence d'entrepreneur de spectacles vivants. Le ministère de la Culture précise qu'un organisateur qui produit ou diffuse au plus six représentations par an est un organisateur occasionnel, dispensé de licence ; au-delà, la licence est nécessaire. Pour un bar qui programme des concerts chaque semaine, la question se pose donc rapidement. Pour un groupe qui produit ses propres concerts via son association, elle se pose aussi. Le détail des démarches est publié par le ministère, dans sa page destinée aux organisateurs occasionnels de spectacles vivants.
Les droits d'auteur du concert
Les œuvres jouées en public génèrent des droits d'auteur, que l'organisateur doit déclarer et régler auprès de l'organisme de gestion collective compétent, la Sacem pour la musique. Côté artistes, il est utile de transmettre au lieu la liste des chansons jouées, avec leurs auteurs et compositeurs : si vous êtes vous-même membre de la Sacem, c'est ainsi que vos droits seront répartis. Voir notre article sur l'adhésion à la Sacem.
Le son et le bruit
Beaucoup de petits lieux n'ont pas de régisseur ni de sonorisation fixe. Il faut alors venir avec un système adapté, savoir l'installer vite et jouer à un volume qui respecte à la fois le public, les voisins et la réglementation sur les sons amplifiés. Ces questions sont développées dans notre guide pour sonoriser une petite salle. Les lieux situés en habitat dense sont particulièrement attentifs au voisinage, comme peuvent l'être les musiciens eux-mêmes chez eux, sujet de notre guide pour se loger et répéter sans gêner les voisins.
Construire un tour de chant pour une petite salle
- Ouvrir fort : une chanson rythmée ou immédiatement accrocheuse pour capter une salle qui discute.
- Varier les climats : alterner chansons drôles et graves, rapides et lentes.
- Parler peu, mais bien : une phrase d'introduction par chanson suffit souvent.
- Garder le meilleur pour la fin, et prévoir un rappel court.
- Annoncer la table de vente avant la dernière chanson, pas après.
- Respecter l'horaire convenu avec le lieu, surtout en semaine et en zone d'habitation.
Après le concert
Remerciez le lieu, gardez le contact du programmateur, notez ce qui a marché et ce qui n'a pas marché. Demandez si une nouvelle date est possible dans quelques mois. Les petites salles fonctionnent à la fidélité : un groupe ponctuel, poli et qui ramène du public sera réinvité.
Sources
- Ministère de la Culture, « Vos démarches et responsabilités en tant qu'organisateur occasionnel de spectacles vivants » : culture.gouv.fr.
- Ministère de la Culture, « Licence d'entrepreneur de spectacles vivants : première demande, renouvellement », catalogue des démarches.
- Code du travail, article L7121-3 (présomption de contrat de travail des artistes du spectacle), Légifrance.
- Guichet unique du spectacle occasionnel (Guso), présentation du dispositif, site officiel du Guso.
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